Dans la construction, la durabilité avance rarement par grands effets d’annonce, mais elle progresse plutôt par arbitrages, contraintes techniques, et ajustements successifs.. L’entretien mené avec Aurélien Dondelet, qui responsable … chez Induni, met en lumière cette réalité. Plus qu’un portrait d’entreprise, il offre un regard pragmatique sur les tensions, les marges de manœuvre et les apprentissages qui traversent aujourd’hui de nombreuses PME de Suisse romande actives dans le bâtiment.

Derrière la durabilité, il y a d’abord des personnes qui avancent avec lucidité. Aurélien Dondelet, travaille depuis bientôt dix-sept ans chez Induni, une entreprise genevoise de construction, active dans toute la Romandie où il supervise les fonctions support, des achats à la communication, en passant par la qualité, et la RSE. Son témoignage reflète une situation fréquente en Suisse romande : une PME solidement ancrée dans son marché local, avec un poids réel, mais sans les moyens d’un grand groupe pour expérimenter librement. Il ne s’agit ni de se présenter comme modèle, ni de promettre des transformations hors de portée, mais d’avancer sérieusement, avec des moyens comptés. Cette parole mesurée rappelle que la transition dans le bâtiment ne se joue pas seulement chez les grands acteurs visibles. Elle se joue aussi dans le tissu de PME qui compose l’essentiel du paysage économique régional.

Le premier enjeu n’est pas toujours de faire plus, mais de structurer ce qui existe déjà. Pendant des années, explique Aurélien Dondelet, des actions utiles ont été menées de manière ponctuelle ; qu’il s’agisse d’investissements, d’initiatives liées aux collaborateurs ou de décisions prises au fil des opportunités. Le vrai tournant consiste désormais à leur donner une cohérence, et cela passe par une formalisation plus claire des engagements RSE, un travail de priorisation, ainsi que par la volonté de s’inscrire dans une trajectoire réaliste sur quelques années. Le bilan carbone sur les scopes 1 et 2 participe à cette évolution. L’objectif n’est plus d’additionner des gestes dispersés, mais de construire une feuille de route reliant matériaux, transports, sécurité, innovation et impacts de proximité. Sans cap, les initiatives s’épuisent. Avec, elles produisent un effet durable dans le temps.

Quand on parle de décarbonation dans la construction, le cœur du sujet reste la matière elle-même. Dans cet échange, le béton armé, et plus particulièrement le ciment, apparaissent comme le principal nœud du problème carbone. Si, de nouveaux ciments moindre carbone émergent, et que des essais sont menés avec des laboratoires indépendants, toutes les solutions prétendument vertueuses ne se valent pas automatiquement. Les granulats recyclés en sont l’exemple. Ils économisent une ressource naturelle, sans garantir toutefois une baisse nette des émissions de CO2 dans le produit final. Dans certains cas, ils peuvent même conduire à l’ajout de davantage de ciment pour obtenir les mêmes performances techniques. Même prudence sur l’acier, avec la distinction entre acier compensé et acier réellement décarboné. Cette rigueur dans les mots traduit une rigueur dans l’analyse, et elle montre que la durabilité se joue moins dans les slogans que dans la compréhension fine des compromis techniques.

La transition du bâtiment ne dépend pas seulement de la volonté des entreprises, mais d’un écosystème entier qui en fixe aussi les limites. Un constructeur travaille avec des matériaux qu’il n’a pas conçus et met en œuvre des bâtiments qu’il n’a pas dessinés. Les choix architecturaux, les normes, les cahiers des charges et les arbitrages économiques des maîtres d’ouvrage pèsent également fortement sur le résultat final. Si un projet est complexe, peu compact ou gourmand en matière, les marges de sobriété se réduisent. Si les normes ralentissent l’intégration de produits récents, l’innovation devient plus lente. Et si la pression porte surtout sur les coûts et les délais, les objectifs environnementaux peinent à s’imposer. L’entretien avec Aurélien Dondelet laisse pourtant entrevoir une évolution, au travers des appels d’offres publics intégrant davantage la durabilité. Certains acteurs privés y voient un levier de valorisation de leur patrimoine, et les produits moindre carbone deviennent moins marginaux, rappelant qu’en construction durable, les avancées dépendent autant des entreprises que du cadre dans lequel elles opèrent.

Pour les PME romandes et les membres de l’ASD, la voie la plus crédible passe par une durabilité mesurée, concrète et reliée au métier. Les recommandations formulées par Aurélien Dondelet ont cette qualité. La première consiste à mesurer avant de communiquer. Un bilan carbone, même limité au départ aux scopes 1 et 2, permet de sortir du flou et de bâtir une démarche sur des données tangibles. La deuxième consiste à ne pas opposer RSE et performance économique. Dans une PME, une démarche environnementale a peu de chances de durer si elle reste déclarative. En revanche, si elle contribue aussi à mieux recruter, à fidéliser les équipes, à renforcer la qualité d’exécution ou à structurer l’offre, elle devient plus solide. Enfin, il faut commencer par des actions visibles, utiles et compréhensibles par les collaborateurs, plutôt que par des dispositifs trop abstraits. Ce pragmatisme n’est pas un manque d’ambition, mais rappelle qu’en matière de transition, les progrès crédibles partent souvent du terrain, s’inscrivent dans la durée et finissent, pas à pas, par transformer les pratiques.

Biographie :

Aurélien Dondelet est issu d’une formation commerciale avec une spécialisation dans les Achats. Il évolue au sein d’INDUNI depuis 2009, où il a progressivement élargi son périmètre, des Achats à la Logistique, puis à l’IT et à la Communication. Aujourd’hui, il pilote l’ensemble des Activités Support, incluant les Achats, la Qualité et la Communication. Il intervient également sur les enjeux d’Innovation et le déploiement de la politique RSE, contribuant activement à la transformation et au développement durable d’INDUNI.