Les 4 points clés de cet article :

Un marché carbone encore fragile. 

La fiabilité comme condition de valeur. 

L’assurance carbone “in kind” comme innovation clé. 

Un levier cleantech au service du net zero. 

Interview avec Coenraad Vrolijk, CEO et cofondateur de CarbonPool

Les crédits carbones, et les « carbon removals », complètent les stratégies de réduction d’émissions. Mais l’acheteur reste exposé à un risque : le résultat attendu peut ne pas être livré comme annoncé. La non-livraison peut porter sur la quantité, la qualité ou le calendrier. Même lorsqu’un résultat est annoncé, il peut se dégrader dans le temps, par exemple sous l’effet d’aléas physiques, d’incendies ou de défaillances opérationnelles. A travers cette interview Coenraad Vrolijk clarifie ce sujet complexe.

La startup CarbonPool, basée à Zurich, se positionne sur ce problème de fiabilité. Son offre est une assurance carbone « in kind » : si les crédits assurés ne délivrent pas le résultat attendu, l’indemnisation se fait en crédits de remplacement, et non en argent. L’objectif est de réduire d’une part le risque de non-livraison, souvent décrit comme « shortfall » ou « under delivery », et d’autre part certains risques liés à la permanence, afin de renforcer la confiance dans les engagements net zero.

Aujourd’hui, quel est selon vous le principal problème de confiance que le marché des crédits carbone doit résoudre 

À mes yeux, la confiance se construit d’abord sur la fiabilité. Un crédit carbone est acheté pour garantir un résultat, et non pour se satisfaire d’une promesse. Or ce résultat peut ne pas être au rendez-vous, que l’écart concerne la quantité, la qualité ou le calendrier. S’y ajoutent des risques de dégradation dans la durée, notamment sous l’effet d’aléas physiques, d’incendies ou de défaillances opérationnelles.

Quand on parle de «shortfall / under delivery» ou de «reversal», de quoi parle-t-on concrètement, et pourquoi ces risques sont-ils souvent mal compris ?

Les notions de «shortfall» et «d’under delivery» renvoient à une sous-exécution par rapport à l’engagement initial, qu’il s’agisse d’un volume inférieur, d’un résultat contesté ou d’un délai non-respecté. Le terme «reversal» désigne, quant à lui, la remise en cause ultérieure du bénéfice annoncé, lorsque celui-ci s’érode avec le temps, notamment sous l’effet d’événements physiques ou de défaillances du projet. Si ces risques restent souvent mal appréhendés, c’est parce que beaucoup attendent d’un crédit carbone qu’il constitue un acte simple et définitif, alors qu’il s’inscrit en réalité dans un ensemble de conditions, de vérifications et de suivi dans la durée.

Pouvez-vous expliquer simplement ce qu’est l’« in kind carbon insurance » et pourquoi vous avez choisi l’indemnisation en crédits plutôt qu’en cash ?

Le mécanisme est simple. Si les crédits assurés ne délivrent pas le résultat attendu, l’acheteur reçoit des crédits de remplacement plutôt qu’une indemnité financière. Je privilégie ce choix parce que, dans les engagements climat, l’entreprise cherche avant tout à tenir un engagement crédible. Et lorsque des crédits se révèlent problématiques, la pression du temps rend souvent la recherche d’alternatives plus difficile.

Quels types de risques couvrez-vous (sous performance, risques physiques, risques opérationnels) et quels sont les déclencheurs typiques d’un sinistre ?

Nous positionnons la couverture sur deux familles de risques. La première est la non-livraison, lorsque le résultat attendu n’est pas livré en quantité, en qualité, ou dans le calendrier annoncé. La seconde est liée à la permanence, lorsque le résultat annoncé se fragilise avec le temps, par exemple à la suite d’aléas physiques, d’incendies ou de défaillances opérationnelles. Dans cette logique, le sinistre est associé au fait que les crédits assurés ne délivrent pas le résultat attendu, et l’indemnisation prend la forme de crédits de remplacement.

Pour les PME de Suisse romande et les membres de l’ASD, comment évaluer la qualité d’un projet (MRV, gouvernance, données, suivi dans le temps), éviter le greenwashing avec une checklist claire, et que faudrait-il voir évoluer en Suisse et en Europe ?

Pour une PME, l’enjeu est de convaincre des interlocuteurs de proximité (clients, collaborateurs, partenaires) sans tomber dans une complexité disproportionnée. La solidité d’un projet se juge à la robustesse de ses dispositifs de mesure et de vérification, à sa gouvernance, à la qualité des données et à sa capacité à être suivi dans la durée, autant d’éléments qui permettent d’étayer les allégations et de limiter l’exposition au greenwashing. L’assurance carbone, telle qu’elle est présentée ici, intervient comme un outil de réduction de risque pour l’acheteur. Plus largement, la Suisse et l’Europe ont encore des marges de progression en matière de transparence, de cadres communs, d’auditabilités, de pratiques de marché et d’intégration du rôle de l’assurance, pour rendre les engagements climat à la fois comparables et durables.

 

Coenraad est le fondateur et CEO de CarbonPool, la première compagnie d’assurance au monde dédiée au net zéro. Avant de créer CarbonPool, il a dirigé les activités d’Allianz en Afrique en tant que CEO. Auparavant, il a été Managing Director chez BlackRock et Partner chez McKinsey.

Passionné par l’éducation, Coenraad est président de l’Association suisse des United World Colleges. Il a également siégé au Conseil des gouverneurs de l’International Baccalaureate.

Il vit à Genève, est marié et père de trois enfants adultes.